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Édito de Jean-Marc Daniel : Appelons un chat, un chat

Où en est le capitalisme ?

Le jeu puéril qui consiste à refuser de désigner les nécessités économiques sous leur nom ne les empêchera pas d'exister. Le gouvernement s'ingénie à éviter de parler d'austérité ou de rigueur – au point que certains commentateurs en oublient que c'est un gouvernement de gauche qui a introduit le mot « rigueur » dans l'usage politique courant, Pierre Mauroy, alors installé à Matignon, définissant la rigueur comme « l'austérité plus l'espoir » Mais cela ne change rien au problème. La France, handicapée par un mécanisme de déficit jumeau – un déficit budgétaire qui, en maintenant un niveau de demande trop élevé, entretient un déficit extérieur –, est obligée de corriger en profondeur la trajectoire de politique économique qui a rompu avec le courageux assainissement opéré par Alain Juppé il y a un peu plus de quinze ans.

Victoire posthume ?

En 1976, prononçant son discours de politique générale, Raymond Barre insistait sur le fait que la lutte contre l'inflation, qui était au centre de sa démarche, n'était pas une fin en soi. Il fallait prendre du recul et comprendre ce qui avait conduit à cette spirale infernale de l'inflation pour corriger les maux dont elle était plus le symptôme que la cause. C'était à ses yeux la condition d'un retour à une croissance durable.

S'il a eu du mal à faire passer son message, il a en partie obtenu gain de cause en ce sens que l'inflation a disparu dans le milieu des années 1980. Mais le diagnostic qu'il réclamait n'a pas vraiment été mené à son terme. Barre dénonçait comme cause structurelle le manque de productivité et comme danger le maintien d'un discours économique centré sur la consommation.

Si après la désinflation le secteur privé a fait les gains de productivité nécessaires, le secteur public s'est maintenu dans une sous-productivité chronique, tandis que le discours absurde de la « consommation, moteur de la croissance » a entretenu la pratique d'une distribution de revenus excessive car alimentée par l'endettement public.

Aujourd'hui, aussi bien à l'université d'été de son parti, à La Rochelle, fin août, qu'à l'université d'été du Medef, le Premier ministre a tenu à donner une dimension de long terme à sa volonté de réduire le déficit public et d'amorcer la décrue de la dette. Il insiste désormais sur le fait que cette politique n'a pas pour but de satisfaire une lubie allemande ou un prétendu diktat européen. Cette politique a pour objectif de se redonner des marges de manoeuvre budgétaires et à plus long terme de rompre avec la facilité de la croissance nourrie de façon courttermiste par la demande. Dans les propos officiels, cette présentation d'une politique qui se veut d'effort et de redressement s'accompagne d'une condamnation répétée des rentes. On retrouve la démarche de Barre et il faut donc s'en féliciter a priori.

Sans faiblesse ni provocation

Mais il faut maintenant que nos dirigeants aillent jusqu'au bout de leurs intentions affichées. Cela suppose deux choses. D'abord qu'ils remettent réellement en cause les rentes, et notamment celles qui dépendent directement d'eux, à savoir les rentes publiques. Il est difficile de savoir si réduire le poids des rémunérations de la fonction publique dans le PIB quand il est de 12,5% en France et de 9% dans la moyenne des pays comparables est de l'austérité ou de la rigueur. En revanche, il est certain que c'est un moyen de réduire les rentes.

Ensuite, qu'ils parlent un langage de vérité à la population. En montrant d'abord l'imposture des défenseurs de politiques alternatives. Ceux-ci proposent en effet des baisses de pouvoir d'achat tout aussi sévères que celles qu'ils dénoncent, mais portées par des droits de douane accrus en cas de protectionnisme, par la détérioration des termes de l'échange en cas de dévaluation, par une hausse des prix plus rapide que celle des revenus en cas d'inflation. Une politique d'austérité bien menée, axée sur la baisse des dépenses publiques, a l'avantage de la sincérité politique et de la possibilité pour ceux qui la conduisent de mieux répartir l'effort par le choix des secteurs concernés. Il faut réduire d'ici à 2017 les dépenses publiques de 70 milliards d'euros pour avoir un déficit structurel nul. Réduisons d'autant la dépense publique – sans faiblesse mais sans provocation – pour redonner sur le long terme son efficacité à l'État.

C'est Boileau qui appelait un chat, un chat, et au passage il appelait un certain Rollet, procureur royal à la moralité douteuse, un « fripon ». Que Jean-Marc Ayrault et François Hollande appellent l'austérité, l'austérité, et ses détracteurs, sinon des fripons, ce qui serait excessif, au moins des imposteurs.

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