Sociétal - Christian Gollier
La mondialisation

Christian Gollier : Le climat après la fin du mois - plaidoyer pour une taxe carbone

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#La mondialisation Le grand témoin

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La taxe carbone peut sauver la planète

Sociétal en partenariat avec l'Académie des sciences morales et politiques et Newpolis a accueilli Christian Gollier, directeur général de la Toulouse School of Economics, le 27 février à l'Institut de France pour une conférence exceptionnelle animée par l'Association des Journalistes Économiques et Financiers. Son thème : « Le climat après la fin du mois : plaidoyer pour une taxe carbone ».

Le modèle du capitalisme libéral et du multilatéralisme qui s’est imposé après 1945 a dominé le fonctionnement de nos sociétés, s’étendant quasiment au monde entier.

Si de nombreux pays se sont développés sur ce modèle, l’augmentation croissante des inégalités, et plus encore aujourd’hui l’urgence climatique, le remettent sérieusement en question.

L’attentisme et la tentation du comportement « free-rider » a majoritairement prévalu jusqu’à ce jour. Mais l’urgence climatique, elle, n’attend pas.

Quelle politique les Etats doivent-ils alors engager ? Comment convaincre les opinions publiques ? Comment organiser la société pour répondre au challenge inédit et majeur qu’est le changement climatique ? Sur toutes ces questions, les économistes doivent et peuvent nous éclairer. Ils nous invitent à étudier les diverses propositions avec précaution, car si beaucoup sont attrayantes, la plupart se révèlent biaisées… à l’exception de l’instauration d’un prix carbone qui, est sans doute la solution la plus raisonnable, comme parvient à nous en convaincre Christian Gollier.

Nombreuses sont en effet les stratégies politico-économiques proposées pour faire face au challenge climatique.

Premièrement, il est tentant de croire ceux qui affirment que ce défi est “a blessing in disguise”. La transition énergétique permettrait de créer des millions d’emplois, d’utiliser des énergies peu coûteuses, et de retrouver une croissance saine tant pour les peuples que pour la planète. Hélas, tout ceci n’est qu’utopie. Car les faits sont là : produire avec du charbon reste à ce jour bien moins coûteux qu’une énergie verte. On voit donc mal comment cette transition serait financée autrement qu’en en faisant supporter le coût aux citoyens.

À l’opposé, il y a ceux qui, dans la lignée de E.Laclau, E.Klein ou H.Jonas, affirment que nous n’avons d’autres choix que la décroissance. Ce qui implique de détruire le capitalisme en le remplaçant par une dictature éclairée. Mais l’Histoire nous rappelle que de tels extrêmes ne sont jamais porteurs de bonheur.

Certains responsables politiques préfèrent adopter ce que Christian Gollier nomme “le nationalisme myope”. De Trump à Poutine en passant par le populisme de Bolsonario, ces dirigeants ont décidé de la jouer solo et de jouer au « free rider ». Leur raisonnement : pourquoi supporter des coûts pour des bénéfices qui iront à l’ensemble des citoyens de la planète et non à mon propre pays ? Mais à ce petit jeu, il faudra attendre fort longtemps avant que quiconque prenne des mesures…

D’autres actions sont possibles. La France, par exemple, a choisi la politique du “gribouillis dispendieux” - pour reprendre le terme de Christian Gollier. Son approche se traduit par l’addition d’une myriade de petites mesures, l’instauration des bonus/ malus économiques, de normes de construction énergétiques… Hélas, ces mesurettes coûtent bien cher au citoyen - entre 600 et 2000 euros la tonne de CO2 émise en moyenne selon Christan Gollier, contre les 30 euros la tonne, le prix proposé par l’économiste.

En Europe, les plans d’actions tentés ne se révèlent pas plus efficaces. Des millions d’euros d’argent public ont été dépensés - pensons au plan Juncker- en vain. Beaucoup pensent qu’il suffit en effet de produire des billets pour financer la transition énergétique. Mais les faits sont têtus : les capitaux ont beau être abondants, les projets verts rentables sont rares. Et le coût se répercute in fine sur le citoyen !

La bataille est-elle perdue ? Non. Une stratégie fait de plus en plus consensus auprès des économistes : la fixation d’un prix universel du carbone.

Cette stratégie réalisable est fondée non pas sur la décroissance radicale, mais sur une cible bien identifiée : la diminution d’émissions de CO2. Elle repose sur le principe du pollueur payeur, qui demeure le mécanisme le plus juste afin d’aligner les myriades d’intérêts privés sur l’intérêt général. Cette stratégie est bâtie non pas sur la punition mais sur l’incitation : si le consommateur connaît le coût de son action, et que ce coût est supérieur à celui d’une action « verte », il est naturellement incité à choisir l’action « verte ». Cette stratégie doit être universelle. Mais comment inciter les pays à entrer dans le jeu ? En commençant par créer une union de pays volontaires, qui mettraient en place une taxe aux frontières, dont les revenus iraient en partie à un fond commun. Le pays ne voulant pas rejoindre l’union devrait payer cette taxe afin d’exporter ou importer ses produits, là où, en intégrant l’union, il pourrait voir bénéficier d’une partie de ces flux de trésorerie.

Depuis des décennies, des esprits critiques qui dénoncent l’appauvrissement de la planète ont montré du doigt le capitalisme en l’accusant de détruire le climat plutôt que de souligner la responsabilité individuelle. C'est un diagnostic erroné. Il est temps de prendre nos responsabilités. Et si responsabilité implique rationalité, la seule solution viable, affirme Christian Gollier, est de fixer un prix universel du carbone.

Résumé de la conférence par Hélèna Kharmouche, étudiante et secrétaire générale de Newpolis, présidée par Louis Lalanne

À propos de Christian Gollier

Christian Gollier est depuis 2007 le directeur général de Toulouse School of Economics (TSE), institution rattachée à l'université de Toulouse 1, en partenariat avec l'Inra, le CNRS et l'EHESS. De nationalité belge, il est docteur en économie de l'université de Louvain, et professeur des universités.

En plus de ses fonctions à TSE, Christian Gollier est membre du Laboratoire d'Economie des Ressources Naturelles (LERNA), unité de recherche en économie de l'environnement associée à l'INRA et au CNRS. Il est également directeur de recherche à l'Institut d’Economie Industrielle (IDEI), et enseigne au sein de l'école d'économie de TSE, au niveau licence.  Christian Gollier est par ailleurs membre de l’Institut Universitaire de France, et du conseil d'administration de La Mondiale (assurance-vie). Il est à l'origine de plus de quatre-vingt-dix articles dans des revues scientifiques internationales, et édite ou co-édite des revues telles que Geneva Risk and Insurance Review, Journal of Risk and Uncertainty, Journal of Risk and Insurance, Management Science. Il a également publié sept livres sur le risque dont "The Economics of Risk and Time" (MIT Press), qui a remporté le Paul A. Samuelson Award (2001) ainsi que le Prix Risques- Les Echos (2002). Avant de rejoindre Toulouse 1, il a enseigné à l'Université de Louvain (Belgique), de Californie à San Diego (Etats-Unis), de Montréal (Canada), de Wuhan (China), et de Georgie (Etats-Unis). Il a également été professeur associé à Polytechnique (99-02) et à HEC (89-94). Parmi les récompenses qui lui ont été décernées, on peut citer : le prix Ernst Meyer, le prix Royale Belge, le Robert C. Witt Research Award, le Kulp-Wright Book Award, et le ARIA Award pour le meilleur papier présenté au premier World Congress Risk and Insurance (2005).

Christian Gollier est en outre l'un des contributeurs du GIEC (groupe d'experts intergouvernemental sur le changement climatique), qui a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 2007.

Ses recherches s'étendent aux domaines de l'économie de l'incertain, à l'économie de l'environnement, l'assurance et l'analyse des coûts-bénéfices.