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Édito de Jean-Marc Daniel : Réinventer la réforme

Les états de la France : comment concilier équité et compétitivité

Cela fait désormais un an que la gauche est au pouvoir en France. Or bien des analystes estiment que c’est plus la droite et son candidat à la présidentielle de 2012 qui ont perdu que la gauche et son champion qui ont gagné. Ce sentiment est étayé par le constat que dans la plupart des autres pays développés, la gauche essuie échec sur échec.

La social-démocratie à la peine dans le monde entier

En Europe du Sud, les socialistes ont été emportés assez piteusement. Contraints d’assumer une politique d’austérité violente, ils ont cherché à esquiver la réalité économique. Ils ont cru pouvoir s’en sortir en donnant une importance considérable aux problèmes sociétaux pour faire oublier leur incapacité à résoudre les problèmes sociaux comme en Espagne. Certains ont plus banalement cherché à fuir. Ainsi, au soir des élections générales anticipées de juin 2011 au Portugal, José Socratès affichait une mine réjouie quand sa défaite fut consommée. Au Japon, le gouvernement de centre gauche a fini par jeter l’éponge et mettre un terme fin 2012 à une alternance politique qui n’aura duré que trois ans. En Corée du Sud, la fille de l’ancien dictateur militaire a remporté aisément les élections au nom d’une coalition de droite sans que la gauche ait donné l’impression de menacer sa victoire. En février 2013, donnée largement en tête par les sondages, la gauche italienne a subi non seulement la montée en puissance d’un candidat populiste/farfelu mais également le retour spectaculaire de Silvio Berlusconi. Quant aux États-Unis, la réélection d’Obama ne doit masquer ni sa défaite législative ni le fait que localement de plus en plus d’États sont aux mains de majorités républicaines.

Un échec historique ancien mené au nom du plein emploi

Ce n’est pas la première fois que la gauche ne trouve au niveau international ni les mots ni le programme mettant en conformité ses promesses historiques et sa politique. Quand Marx revendiquait le titre de socialiste scientifique, c’était pour tourner la page du socialisme initial qui avait échoué en 1848. Les ouvriers français, qui pensaient lutter grâce à la révolution de Février 1848 pour le plein emploi, obtinrent les massacres des insurgés en juin après que les Ateliers nationaux eurent démontré qu’une politique faisant de l’État « l’employeur en dernier ressort » était illusoire. Au XXème siècle, les épigones de Marx parvenus au pouvoir finirent par n’avoir comme prétention de réussite que leur capacité à assurer le plein emploi. Dans les pays communistes, face à leur déroute morale, économique et politique, les héritiers putatifs de Marx vantaient comme mérite quasi exclusif de leur régime celui d’avoir fait disparaître le chômage. Or, malgré l’annonce régulière de la fin prochaine du capitalisme et la permanence d’un certain niveau de chômage structurel dans les pays à économie de marché, cela parut assez vite vain. Leur socialisme « réel » a tiré sa révérence à Berlin en novembre 1989, laissant derrière lui des pays brisés. Effondrement d’autant plus spectaculaire qu’il survenait quelque dix ans après celui d’un autre modèle de socialisme. En effet, le socialisme réformiste étatiste qu’avaient incarné la social-démocratie scandinave et le travaillisme anglais a été emporté dans son pays de référence qu’était le Royaume-Uni à la fin des années 1970. Ce socialisme étatiste réformiste avait essayé de créer une société démocratique à économie dirigée. C’est-à-dire de maintenir le libéralisme politique tout en abandonnant le libéralisme économique. Mais ce projet a échoué. La liberté ne se partage pas : si l’on veut pouvoir échanger sans contrainte les idées, il faut pouvoir également échanger les biens. Ce travaillisme avait trouvé une justification théorique dans les écrits de Keynes faisant là encore de l’État l’acteur du plein emploi. Dans ce socialisme réformiste étatiste keynésien, l’État agissait moins comme « employeur en dernier ressort » que comme « consommateur en dernier ressort ». L’État n’avait pas vocation à employer directement, mais à fournir des débouchés aux entreprises afin qu’elles emploient. Le travers subi puis assumé de ce genre de politique est l’inflation. Vécue au départ comme anodine, elle finit par emporter le travaillisme keynésien. Après avoir perdu toute forme de compétitivité, l’économie britannique s’est retrouvée sous tutelle du FMI en 1976, discréditant le socialisme réformiste étatiste.

Une page blanche…

Cet échec des socialismes étatistes (dictatoriaux ou keynésiens) ouvre, à une gauche française revenue aux affaires un peu par hasard, un boulevard. Dans un monde où elle fait figure de rescapée, elle pourrait apparaître comme précurseur, à condition de réinventer la réforme et de remodeler l’action progressiste. Cela suppose qu’elle veuille bien se rappeler que, par-delà la volonté d’accéder au plein emploi, volonté qui caractérise tous les mouvements politiques, le message des premiers socialistes était centré sur la lutte contre les rentes et sur l’indispensable reconnaissance des talents. Chose encourageante, François Hollande en a posé le principe dans sa conférence de presse du 13 novembre dernier. Chose préoccupante, depuis, nous n’avons guère avancé dans la lutte annoncée contre les rentes.

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