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Édito de Jean-Marc Daniel : Refuser le protectionnisme, encore et toujours

Réindustrialiser la France ?

La tentation protectionniste est plus présente que jamais dans le discours politique du moment. Que nous dit ce discours ? L'Europe doit bien évidemment rester attachée à la liberté du commerce international. Mais – car il y a un mais – elle ne doit pas être pour autant, selon l'expression d'un ancien ministre des Affaires étrangères, l'« idiot du village mondial »… Et dans le village mondial, tous les concurrents de l'Europe sont des rusés et des hypocrites qui, tout en déclarant leur conviction libreéchangiste, s'acharnent à nous gruger. Ce discours qui se veut ferme et réaliste tend en fait à cautionner une montée en puissance plus ou moins assumée des protectionnistes devenus les défenseurs très « tendance » de la « démondialisation »…

N'hésitons pas dès lors à en dénoncer une nouvelle fois le caractère sophistique.

Réalité des échanges et des prélèvements

Il faudrait d'abord que les « démondialisateurs » perçoivent la nature de la mondialisation aujourd'hui. Dans les années 1960-1970, il était facile lorsqu'apparaissait un concurrent, par exemple un constructeur automobile japonais, d'imposer des droits de douane pour le pénaliser et abriter nos constructeurs, même si déjà dans ce schéma, le consommateur était perdant puisqu'on l'empêchait d'acheter des voitures à des prix aussi bas que la logique économique l'aurait voulu. Or aujourd'hui, nous n'assistons plus au débarquement de biens dont la production est en lent déclin dans les pays occidentaux, mais à une réallocation géographique à fin de spécialisation des capacités de production mondiales. Il ne faut pas oublier que près de 60% des exportations de la Chine sont réalisées par des entreprises étrangères. Il n'y a donc pour beaucoup de produits (informatique, électroménager, équipement audiovisuel) plus de choix possible pour le consommateur entre un produit local et un produit importé.

Résultat : taxer ces produits revient à une pure et simple ponction sur le pouvoir d'achat, ramenant toute mesure protectionniste à ce qu'elle est fondamentalement, à savoir un impôt que l'on doit analyser comme tel. C'est-à-dire en premier lieu en se demandant si cet impôt pénalise plus la croissance que certains autres. Or ce type d'impôt est de fait assez pénalisant car c'est un impôt qui réduit la concurrence. Ce que les économistes appellent en matière de commerce international et de conséquence du protectionnisme l'effet « Stolper – Samuelson » revient à énoncer qu'en tant que facteur de réduction de la concurrence, les droits de douane et les restrictions commerciales installent une certaine routine dans les entreprises et se retournent in fine contre la croissance.

C'est-à-dire en second lieu en se demandant qui perd et qui gagne dans la répartition nouvelle des revenus issue de ce type d'impôt. Les études en la matière sont multiples et leurs résultats contradictoires. Il n'en reste pas moins que les produits venus des pays émergents sont souvent des produits bon marché essentiellement achetés par les populations défavorisées. Ce sont donc les plus démunis qui paient les conséquences du protectionnisme, sans qu'ils aient le moindre espoir de retrouver grâce à lui un emploi car les domaines de production concernés ont peu de chance de faire leur retour en Europe.

Guerre commerciale

L'un des problèmes du protectionnisme, est que lorsqu'un État le pratique à son profit, il est forcément victime de mesures de rétorsion en retour, si bien qu'au final tout le monde est perdant. L'engrenage protectionniste a commencé en 1930 avec le vote de la loi Hawley-Smoot aux états-Unis. De nombreux pays, par mesure de rétorsion, décidèrent alors soit d'augmenter leurs taxes à l'importation, soit de dévaluer brutalement leur monnaie, ce qui a grandement contribué à aggraver la dépression. Les importations américaines depuis l'Europe déclinèrent de plus de 70% entre 1929 et 1932 si bien que le commerce mondial diminua d'environ 66% entre 1929 et 1934. C'est bien pour éviter les conséquences de ce jeu perdant-perdant que l'on a décidé de mettre en place des accords de commerce multilatéraux au sortir de la Seconde Guerre mondiale

Aujourd'hui, les négociations de ce type d'accords sont au point mort. Si les sommets internationaux comme le G8 ou le G20 sont l'occasion pour nos dirigeants de proclamer la nécessité de repartir de l'avant, en pratique, rien ne se passe. De plus en plus de gens se contentent de se féliciter de ce que la démagogie protectionniste reste encore à l'état de discours de campagne électorale. Mais il faut se montrer vigilant et la contrer systématiquement pour éviter qu'elle ne devienne de simples menaces de matamores une menace objective sur la croissance mondiale. L'Europe, en mal de croissance et de légitimité politique du fait de ses atermoiements monétaires, pourrait reprendre dans ce domaine la main en relançant la dynamique de l'OMC.

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