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Édito de Jean-Marc Daniel : Croissance, compétitivité, emploi

Dialogue social : l’âge de raison ?

Ces trois mots ont été au centre de la déclaration de voeux pour 2013 du président de la République. Tous les commentateurs se sont focalisés sur eux pour constater comme une sorte de réalisme nouveau de la gauche au pouvoir. Remarquons quand même, tout le monde en est d’accord, que ces mots auraient pu être sans difficulté au centre d’une déclaration de voeux d’un Nicolas Sarkozy réélu. On peut donc considérer que, par-delà les nuances politiciennes, la vision économique des partis de gouvernement repose sur une sorte de consensus autour de ce que naguère certains ont appelé le « cercle de la raison ».

Compétitivité, emploi, langue de bois…

Mais on peut aussi – hélas ! constater que l’usage répétitif de ces mots, ainsi que celui du mot crise, a fini par les vider de leur sens. Qui ne serait pas, à l’exception d’une frange radicale et ultra-minoritaire de l’écologie politique, pour la croissance ; qui ne voudrait pas réduire le chômage ; qui défendrait la mise en faillite systématique de notre tissu productif et de nos entreprises ?

La référence obligée à l’emploi et à la compétitivité a appauvri le langage politique et la réflexion économique. Elle a servi de caution à des politiques économiques guidées par la paresse intellectuelle et les poncifs à la mode sans que ne se mettent en place les réponses indispensables à la situation objective.

Prenons le problème de la compétitivité. Le retour d’une pensée mercantiliste obsédée par les exportations a occulté la réalité du déficit extérieur. Jacques Rueff écrivait naguère : « Les hymnes à l’exportation ne sont que stupidité et mensonge. Ils supposent de n’avoir pas conscience de l’inanité de toute distinction entre commerce intérieur et international. » Il avait raison. Mais plus personne ne semble le comprendre. Pourtant, la vérité économique est que la logique du déficit extérieur est celle des déficits jumeaux. Gémellité mythique mais contestable car il y a plutôt un rapport de père le déficit budgétaire « à fils » le déficit extérieur. Le déficit extérieur traduit un manque d’épargne, et en France singulièrement, un manque d’épargne publique. C’est là la vraie priorité de notre politique économique.

Comprendre, agir

On peut penser que nos dirigeants l’ont compris. En votant le pacte budgétaire européen (officiellement le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, TSCG), le parlement français a pris l’engagement de revenir à un déficit structurel nul, c’est-à-dire à de n’accepter de déficit budgétaire que pendant les périodes défavorables du cycle, les périodes favorables se traduisant par des excédents budgétaires. En annonçant lors de sa première conférence de presse présidentielle qu’il se donnait comme objectif une réduction des dépenses publiques de 60 Mds d’euros, le président Hollande a montré qu’il avait conscience que la disparition du déficit structurel devait reposer sur la baisse de la dépense et non sur une hausse de prélèvements obligatoires déjà excessifs. En outre, il affirme, à juste titre, que l’investissement sera la clé du retour à la croissance.

Hélas, cette cohérence intellectuelle apparente ne se traduit guère dans les faits : les impôts ne cessent d’augmenter, la cote d’alerte est atteinte et les échanges plus ou moins mondains autour de l’exil égoïste des saltimbanques ne doivent pas masquer le découragement réel et dramatique d’un nombre croissant d’entrepreneurs. D’autant que pendant ce temps, les dépenses, notamment des collectivités locales, semblent sanctuarisées. Quant au discours sur la compétitivité, il tourne autour de la défense à courte vue de l’emploi obtenue par un appel à la baisse des salaires quand c’est un chancelier social-démocrate allemand (Helmut Schmidt) qui énonçait naguère « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain » ; et quand le gouvernement britannique montre la voie à suivre en baissant l’impôt sur les sociétés pour préserver les profits d’aujourd’hui. En outre, il serait facile de souligner l’étrange impression qui ne peut que se dégager des appels à la nationalisation des industries obsolètes.

Dans l’éditorial du précédent numéro, nous invitions nos dirigeants à retrouver Boileau et à appeler un chat un chat. Il leur faut désormais passer à la suite : ne plus se contenter de dire ce qu’il faut faire, mais le faire effectivement. À la fin des années 1970, le parti socialiste avait adopté un programme qui s’appelait « Vouloir, comprendre, agir ». Que notre président, qui manifestement a compris, se souvienne des temps anciens de son parti et agisse : il faut entamer urgemment la baisse des dépenses publiques car plus vite les 60 Mds d’euros d’économies annoncés seront atteints, plus vite notre situation économique se redressera.

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