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Patrick Pouyanné : Total veut devenir un groupe multi-énergies et neutre en carbone
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Patrick Pouyanné : Total veut devenir un groupe multi-énergies et neutre en carbone

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Le PDG du Groupe Total affirme que « nous devons nous mobiliser pour innover » et remettre du rationnel dans les débats sur l’énergie.

Depuis quelques mois, nous vivons collectivement des moments extraordinaires et le Groupe Total fait face simultanément à plusieurs défis : une crise sanitaire, une crise pétrolière et, bien sûr, le défi majeur du changement climatique. S’il est possible d’envisager une issue de court-moyen terme aux crises sanitaire et économique, l’enjeu du changement climatique, lui, demeurera.

Le Groupe s’est ainsi doté, le 5 mai dernier, d’une nouvelle Ambition Climat pour atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. Total entend en effet devenir un groupe multiénergies et neutre en carbone, car notre mission est bien d’offrir une énergie plus sûre, plus abordable, plus propre et accessible au plus grand nombre.

Une crise sanitaire extraordinaire

La crise sanitaire et économique est exceptionnelle. Ou plutôt, elle est extraordinaire au sens propre du terme. Une entreprise comme la nôtre remet régulièrement à jour sa cartographie des risques, mais je pense que ce scénario d’une pandémie globale, aussi rapide dans sa contagion et capable de geler en quelques semaines toute l’économie mondiale, personne ne l’avait imaginé.

Notre priorité partout dans le monde a été d’assurer la sécurité de nos employés, prestataires et clients en leur garantissant des conditions sanitaires adéquates. Nos activités sont indispensables pour fournir l’énergie nécessaire au bon fonctionnement de l’économie, des hôpitaux ou des services d’urgence. Nous avons donc appris à travailler différemment, car la fiabilité de nos services est au coeur de notre engagement. C’est pourquoi je tiens à saluer les milliers d’employés de Total, sur le terrain ou en télétravail, qui ont garanti la continuité de ces services essentiels. La crise économique à laquelle nous faisons face est plus violente que la crise de 2008 puis la crise pétrolière de 2015, mais la recette qui nous a permis de résister à l’époque reste valide. Elle tient en quatre priorités : la sécurité, l’excellence opérationnelle, les coûts et la liquidité financière. Total a cette culture de savoir compter sur soi-même et être résilient pour faire face dans les tempêtes.

Un monde neutre en carbone

Inédite, cette crise se caractérise surtout par l’incertitude. L’économie mondiale n’a jamais fait face à une telle situation et nous n’avons pas de réelle visibilité à six mois ou un an. En même temps, cette crise peut accélérer la conscience collective des effets du changement climatique et donc l’urgence à agir à l’échelle de la planète. Mais ce n’est pas cette crise qui accélèrera la transition vers les énergies bas carbone, ce sont les technologies et les politiques publiques en faveur de cette transition qui pourront l’accélérer.

Dans ce contexte, Total a annoncé début mai son ambition d’atteindre la neutralité carbone à horizon 2050, en phase avec la Société, pour l’ensemble de ses activités mondiales, depuis sa production jusqu’à l’utilisation par ses clients de ses produits énergétiques vendus. En ce qui concerne les émissions directes provenant de nos installations (scopes 1 & 2), nous en sommes directement responsables et arriver à la neutralité carbone là-dessus nous paraît un objectif évident.

Nous comptons donc réduire nos émissions directes de moitié, et compenser le reste grâce aux puits de carbone naturels et aux technologies de captage et de stockage de carbone.

Concernant les émissions indirectes de Total (scope 3), celles que nous induisons chez nos clients et dont nous ne sommes pas directement responsables, nous avons également pris un engagement fort et unique de neutralité en Europe. Pourquoi l’Europe ? Parce que l’Union européenne s’est elle-même engagée à la neutralité carbone. Cela signifie que l’Europe va mettre en place des politiques, des règlementations, un prix du carbone nécessaires pour y parvenir. Et ce n’est pas rien : l’Europe représente 60% du scope 3 actuel de Total. Bien évidemment, partout où les gouvernements d’une région donnée s’y engageront, Total s’engagera également à atteindre la neutralité carbone pour toute sa production et les produits énergétiques vendus à ses clients dans la région concernée.

Des changements majeurs pour Total

Dans cette perspective, Total se transforme en un groupe multi-énergies : gaz, électricité bas carbone et pétrole. Nous entendons devenir un acteur international majeur dans les énergies renouvelables, avec une capacité de génération électrique de 25 GW en 2025. Pour cela nous allons continuer à investir 1,5 à 2 milliards de dollars par an dans l’électricité bas carbone. En 2020, malgré la crise actuelle et la baisse globale de nos investissements, cela représentera près de 15% de nos investissements pour atteindre 20% et plus dans les prochaines années.

 

S’il y a bien un domaine dans lequel les progrès ont été fulgurants depuis vingt ans, c’est bien celui de l’énergie.

 

Rien qu’en 2020, nous avons déjà annoncé pour plus de 7 GW de projets renouvelables, c’est l’équivalent de cinq gros réacteurs nucléaires ! Au-delà des centrales solaires et de l’éolien offshore, Total avance sur beaucoup d’autres  sujets bas carbone : captage & stockage de CO2, recyclage des plastiques, bioplastiques sur base de sucre, batteries pour véhicules électriques, stockage d’électricité renouvelable, installations de bornes de recharge éclectique, hydrogène, biogaz, gaz naturel pour véhicules, superéthanol-E85, biocarburants, biokérosène, carburants marins plus propres, etc. Bref, Total se transforme, et vite !

En 2050, le Groupe Total aura sans doute beaucoup changé : pour atteindre notre ambition, nous imaginons que Total pourrait alors vendre 40% d’électrons (essentiellement renouvelables), 40% de produits gazeux (du gaz naturel, mais aussi du biogaz et de l’hydrogène propre) et seulement 20% de produits liquides (dont un quart de biocarburants). Ce sont des changements majeurs pour une entreprise de la taille de Total.

Croire au progrès et se retrousser les manches

Quels que soient les engagements pris par Total, il semble que pour certains ça soit trop lent ou que ça ne soit jamais assez. Les jeunes ont raison de se préoccuper du changement climatique et sont légitimes pour dire que la génération actuelle de décideurs n’assumera pas, demain, la responsabilité de son insuffisance d’actes. C’est une exigence de solidarité générationnelle que nous devons écouter et entendre. Mais le discours alarmiste ne suffit pas et les slogans visant à la décroissance n’apporteront pas la solution car il faut aussi tenir compte de l’aspiration des populations des pays émergents à sortir de la pauvreté énergétique.

Le changement climatique existe, c’est un fait démontré. Mais pour répondre à ce défi gigantesque, nous devons nous mobiliser pour innover encore et toujours alors que nos sociétés développées paraissent perdre foi dans le progrès. Or s’il y a bien un domaine dans lequel les progrès ont été fulgurants depuis vingt ans, c’est bien celui de l’énergie. Et ils le seront encore pour les vingt prochaines années. Pour cela, il faut moins d’émotionnel et remettre du rationnel dans les débats sur l’énergie.

L’enjeu du climat est un défi majeur pour nous tous, c’est aussi un champ d’opportunités immense. Total a une stratégie, des moyens financiers importants et la volonté de se retrousser les manches, car nous ferons partie de la solution !

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