« Les invisibles de la RÉPUBLIQUE » par Salomé Berlioux et Erkki Maillard.

Les jeunes ne se réduisent pas à quelques concepts marketing simplificateurs. Salomé Berlioux et Erkki Maillard qui publient « Les Invisibles de la République. Comment on sacrifie les jeunes de la France périphérique » chez Robert Laffont, brisent les idées tout faites en montrant combien la jeunesse française est diverse.

Alors que la France s’interroge sur son avenir, leur livre a l’immense mérite de raconter de manière très concrète la vie des millions de jeunes qui vivent dans les villes petites et moyennes, les zones pavillonnaires, les villages et à la campagne.

Près de 60% des jeunes Français ne vivent pas dans une grande ville ou dans des banlieues. Ils ne surfent pas chaque jour sur internet. Ils choisissent rarement leur formation ou leur métier.

Elevée dans un hameau de 182 habitants dans l’Allier, Salomé Berlioux connaît leurs difficultés. Elle raconte ses rêves et ses découvertes quand elle est entrée au lycée à Nevers, une ville de 34 500 habitants puis a posé sa candidature pour être admise dans une classe préparatoire à Paris. Une démarche engagée malgré les « conseils » de son professeur de philosophie de terminale : « Salomé, demandez Dijon ou Clermont-Ferrand mais ne demandez pas Paris, vous ne l’aurez pas ».

Car les jeunes des petites villes et villages ne bénéficient pas « des mêmes accès aux études, à la culture, aux loisirs ou à l’emploi » que ceux qui vivent dans les métropoles.

Ils vivent dans des territoires mal desservis par les transports et oubliés de la mondialisation qui ont du mal à conserver leurs emplois. Ils sont mal informés sur les formations.

Leurs parents qui sont souvent ouvriers, employés, petits indépendants, paysans ou chômeurs n’ont pas les moyens de financer des études supérieures longues.

Réalistes, les enfants limitent leurs ambitions et censurent leur talent. Ils quittent rarement leur ville pour des raisons financières et culturelles. Ils choisissent des formations courtes qui débouchent rapidement sur un emploi dans leur région. Charlotte est ainsi devenue infirmière alors qu’elle possédait les atouts pour préparer le concours de médecine. « Assignés à résidence », ces jeunes femmes et jeunes hommes sont également victimes de la fracture numérique.

Dénonçant une indifférence des pouvoirs publics dangereuse pour « la dynamique économique et l’équilibre social » du pays, Salomé Berlioux et Erkki Maillard proposent des solutions pour que « les Invisibles de la République » bénéficient des mêmes chances que les autres jeunes Français.

Ils ont ouvert des pistes en créant l’association Chemins d’avenirs qui accompagne des lycéens et étudiants vivant dans les petites villes et les campagnes.

Ils plaident pour la mise en place d’un « écosystème de la réussite » s’appuyant sur les entreprises, l’éducation nationale, les organisations professionnelles et les associations qui travailleront en coopération avec une Agence pour la jeunesse de la France périphérique. Certaines de leurs propositions comme le mentorat ou le tutorat ont déjà prouvé leur efficacité dans d’autres domaines. Leur livre a le mérite de montrer qu’il est possible de proposer un nouvel avenir à près de deux jeunes Français sur trois en leur permettant simplement de réaliser leur potentiel.

Les Invisibles de la République. Comme on sacrifie les jeunes de la France périphérique. Salomé Berlioux et Erkki Maillard. Robert Laffont.

Y. Le G.