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Jean-Robert Pitte : L’écologisme n’aime pas l’homme
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Jean-Robert Pitte : L’écologisme n’aime pas l’homme

3min
#LE CLIMAT Analyses

Le président de la société de géographie et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques dénonce l’écologisme radical et constate que la divinisation de la nature est mortifère. Il affirme sa confiance en une humanité libre et créatrice.

SOCIÉTAL.- L’Homme est-il le seul responsable du réchauffement climatique ? N’est-ce pas lui accorder une responsabilité trop grande que de le rendre responsable des catastrophes présentes et à venir ?

Jean-Robert Pitte.- Cette question mérite mieux que les certitudes assénées à longueur de journée dans les médias, mais aussi par un certain nombre de scientifiques étroitement spécialisés le plus souvent et sans aucune culture historique. Coïncidence n’est pas corrélation.

Comment a-t-on pu oublier cette base de toute démarche scientifique ? Il est essentiel de poursuivre des recherches ouvertes et pragmatiques sur ce sujet.

Je vois derrière cette affirmation une méfiance, voire une haine du genre humain qui n’aurait pas su maîtriser sa croissance démographique et qui mettrait en péril la « nature », sorte d’avatar de Gaïa, la déesse-mère de la terre des anciens Grecs et donc relevant de la croyance plus que de la raison scientifique.

C’est oublier que nous sommes 7,7 milliards aujourd’hui sur terre, vivant  mieux et plus longtemps que les 3 milliards des années 1960, sans parler des périodes plus anciennes marquées par d’innombrables guerres, catastrophes en tous genres, famines, épidémies, etc. 

Le XXème siècle, à cet égard, s’est révélé l’un des plus épouvantables de l’histoire, même s’il a connu aussi des avancées scientifiques prodigieuses.

Le changement climatique est-il lié aux évolutions de la nature ?

Parlons plus explicitement de réchauffement climatique, même si celui-ci est très variable d’une région de la planète à l’autre. C’est tout à fait possible, au moins en partie, dans une proportion que personne ne peut aujourd’hui déterminer avec certitude.

Cela ne veut pas dire que les activités humaines et l’émission grandissante de gaz à effet de serre (GES) ne jouent pas un rôle dans le phénomène.

Le système capitaliste a-t-il accéléré le réchauffement climatique ? Il est certain que les progrès techniques et la croissance fantastique de toutes les productions (agricoles, industrielles, de services) ont entraîné une augmentation des émissions de gaz à effet de serre et des pollutions. Cela dit, l’air des grandes villes était irrespirable il y a quelques décennies.

C’est de moins en moins le cas, même en Chine. Très peu d’habitants de la planète avaient il y a un siècle accès à de l’eau potable pouvant être bue sans précaution. Aujourd’hui, ce confort et cette sécurité sanitaire sont offerts aux deux-tiers des êtres humains.

Existe-t-il des rapports entre pandémie et réchauffement climatique ?

Bien sûr, aucun ! Ceux qui l’ont laissé entendre sont des millénaristes irresponsables. En revanche, oui, la mondialisation, dans sa facette d’accélération des échanges sur terre, a permis une mondialisation rapide de la pandémie.

Les déforestations et les énergies fossiles sont-elles deux des causes de la Covid-19 ?

En aucune manière, non plus. D’ailleurs, cette peur de la déforestation mériterait aussi une analyse plus fine que ce qu’on lit habituellement.

L’homme détruit-il la nature et la biodiversité ? Est-il un braconnier ? Le plus dangereux des prédateurs ?

Non, bien sûr. Si certaines espèces animales ont disparu du fait de l’action humaine, d’autres qui auraient disparu spontanément en raison des lois de l’évolution ont été sauvées par l’homme, ce qui ne veut pas dire que si elles s’étaient éteintes (comme les moas ou les dodos, impasses de l’évolution), la terre se porterait plus mal.

Avons-nous envie de voir revenir les dinosaures sur terre, en particulier les carnivores, peu compatibles avec notre fragile espèce ? Certes, nous avons décimé certains peuplements d’animaux sauvages, comme les bisons d’Amérique du nord, mais nous avons créé d’innombrables races domestiques infiniment plus utiles aux besoins de l’humanité (des milliers de races bovines, ovines, caprines, porcines, de volailles, etc.). De même en est-il avec certaines espèces végétales sauvages menacées, mais à côté de cela, depuis la Révolution Néolithique, un nombre incalculable de plantes utiles sont cultivées à la surface de la terre.

Or, elles sont toutes le résultat de sélections, d’hybridations et, grâce au génie génétique, de modifications heureuses de leur génome. Il est pitoyable qu’au pays de Descartes et de Pasteur la recherche sur les modifications génétiques des plantes soit interdite ! On se croirait revenu au triste temps où, avec la meilleure bonne foi du monde, on guillotinait Lavoisier en affirmant que « La République n’a pas besoin de savants ». L’humanité a infiniment développé et diversifié le règne végétal et le règne animal. Sinon, comment vivrions-nous si nombreux sur terre ?

La technologie permet-elle à l’homme de manipuler dangereusement la nature ? Faut-il fixer des limites à la destruction de la nature ?

Parler de destruction de la nature est réducteur. L’homme détruit parfois (défrichements, éradication d’espèces invasives et d’animaux prédateurs de toutes sortes), mais le plus souvent, il remplace par des écosystèmes qui lui sont plus utiles.

Sans les grands défrichements de l’époque romaine, la Gaule serait restée pauvre et peu peuplée. Les Invasions barbares ont entraîné la repousse spontanée de la forêt et une chute démographique énorme.

Grâce aux moines et aux seigneurs défricheurs qui ont repris la hache et la houe à partir du XIème siècle, la France est devenue un pays prospère qui compte dans le concert des nations.

Faut-il faire payer l’usage de la nature ? L’économiste anglais Partha Dasgupta qui enseigne à la London Schools of Economics et Stanford propose dans un rapport remis au gouvernement britannique de rendre payante la biodiversité, « cette ressource en accès libre » et d’en limiter l’usage.

Absurdité ! Voici bien une idée née dans le cerveau d’un hindouiste pour qui même les moustiques sont sacrés, ayant fait carrière et ayant été anobli dans un pays puritain qui a adhéré aux idées de la Réforme.

N’oublions pas que l’écologisme radical plonge ses racines dans la Réforme qui est née et a connu le plus grand succès au nord de l’Europe, c’est-à-dire dans des contrées tardivement christianisées et restées très marquées par les mythes des vieilles religions païennes germaniques pour qui les éléments de la « nature » ont une âme.

Cette divinisation de la « nature » est mortifère pour l’humanité. Hélas, même les pays méditerranéens, longtemps hostiles à cette idéologie, commencent à être séduits par elle.

Une certaine écologie repose-telle sur une vision idéalisée de la nature amie de l’homme et du bon sauvage ?

L’écologisme (l’écologie est une science) n’aime pas l’homme. Il préfère les règnes animal, végétal et même minéral (les montagnes, les eaux, l’air).

Pour lui, l’homme est un dangereux prédateur, sauf le « bon sauvage ». Or, les peuples premiers vivent dans des conditions misérables d’alimentation, d’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, etc.

Ils ont peur que le ciel leur tombe sur la tête et leurs rituels sont destinés à prévenir cette menace.

Leur espérance de vie est très faible. Les magnifier comme le font certains intellectuels ou décideurs politiques est lamentable.

Ces peuples et leurs coutumes n’ont pas besoin d’être « protégés », mais aidés à se développer tout en conservant leur identité. Il faut aussi admettre qu’une identité culturelle ne peut en aucune manière être figée à un stade donné.

L’humanité est une espèce animale particulière : en constante évolution, ébullition imaginative, capable de progrès et de régressions. Elle est libre et créative.

Sauver la planète est-il devenu pour certains une démarche messianique ?

Hélas oui ! L’expression même de « sauver la planète » est millénariste. Le seul idéal raisonnable est d’aménager la planète pour y vivre le mieux possible et permettre à la créativité humaine de s’exprimer avec la plus grande fantaisie.

Les conditions de mise en oeuvre de ce programme sont d’abord culturelles et politiques. La paix, l’État de droit, la liberté sont des conquêtes difficiles à stabiliser, mais indispensables pour que l’humanité gère la planète avec sagesse.

Pourquoi la lutte contre le réchauffement climatique s’est elle transformée en mouvement qui rassemble les adversaires de la mondialisation, du capitalisme et du libéralisme ?

L’inculture philosophique, géographique, historique est abyssale et en est la cause.

Elle est une arme de destruction massive.

L’écologisme est devenu une idéologie totalement irrationnelle, y compris en Europe et en Amérique du Nord qui ont permis jadis à l’humanité d’accomplir des progrès décisifs. L’altermondialisme, l’écologisme, le malthusianisme, etc. relèvent de la pensée magique.

Dans la mesure où les religions sont de moins en moins suivies, elles sont petit à petit remplacées par un cocktail de croyances qui seraient risibles si elles ne conduisaient pas à des régressions dans tous les domaines, en particulier celui des libertés.

La lutte contre le changement climatique risque-t-elle d’affaiblir la démocratie et de favoriser l’émergence d’un populisme vert ? D’encourager le règne de l’autoritarisme au nom du bien ?

C’est l’évidence même ! Lorsque des végans attaquent des boucheries et des fromageries, on n’est pas loin du temps des autodafés, car les livres sont des espaces de liberté et la censure progresse, sous la pression des bien-pensants des campus (américains et européens, surtout).

La Chine est loin d’être un modèle en matière de libertés, mais ces idées funestes n’y rencontrent aucun succès et il faut s’en réjouir.

Le philosophe allemand Hans Jonas qui a théorisé le principe de précaution, plaidait dans son livre Le Principe de responsabilité pour qu’une élite exerce « une tyrannie bienveillante, bien informée et animée par la juste compréhension des choses ».

Je ne sais pas ce que veut dire « tyrannie bienveillante » ou plutôt je le sais trop. C’est la première marche du totalitarisme. « Croyez-moi et si vous n’y parvenez pas, je saurai bien vous y contraindre ! C’est pour votre bien. »

Le principe de précaution est inscrit dans la constitution française. Il a été adopté en 1992 au sommet de Rio sur l’environnement et le développement organisé par les Nations Unies. Est-il un frein à l’innovation et au progrès ?

À l’évidence un frein en ce qu’il paralyse beaucoup d’initiatives sages. Cela ne restera pas un titre de gloire de feu le Président qui l’a imposé à la France, dans un assez large consensus mou !

Des règles doivent-elles être imposées au capitalisme pour éviter la catastrophe écologique? Il n’existe aucun système économique ou politique idéal. La régulation, l’adaptation, la réforme doivent être permanentes.

C’est le propre de l’intelligence humaine (cultivée par le savoir bien assimilé) de s’en persuader.

Le capitalisme libéral n’est pas parfait, mais c’est tout de même le système qui a permis de développer le plus et le mieux la production avec comme point de mire la consommation.

Tous les systèmes dans lesquels l’État dirige l’économie aboutissent à la pénurie. Le capitalisme qui n’a en vue que le profit monétaire sans songer au bien-être de l’humanité va à sa perte. Il s’autodétruit.

C’est un pléonasme de parler de capitalisme social. Toute entreprise doit se soucier de ses employés et les traiter avec dignité. À défaut, les dysfonctionnements se multiplient et elle finit par perdre de l’argent.

Mais pour être « sociales », les entreprises doivent être d’abord prospères. Même chose sur la question de l’écologie.

On ne peut imposer des règles strictes en la matière qui auraient pour conséquence la faillite des entreprises. C’est une réflexion globale et nuancée qu’il faut conduire.

L’agriculture et l’alimentation qui contribuent au réchauffement climatique, peuvent-elles contribuer à réduire les émissions de CO2 ?

Oui, bien entendu, un champ cultivé fixe du carbone, de même qu’une forêt, surtout si elle est exploitée intelligemment. Les forêts laissées à l’abandon, comme celles des régions tropicales humides, absorbent du carbone, mais en rejettent beaucoup par la pourriture des feuilles et des arbres morts.

Il faut cesser de fantasmer sur la forêt amazonienne. En revanche, la détruire pour exploiter son bois sans la remplacer par une agriculture bien pensée ou replanter des arbres est absurde. Le sol se délave et peut se transformer en cuirasse latéritique inculte.

Les agriculteurs doivent-ils abandonner les engrais ? Interdire les pesticides et renoncer aux OGM sont-ils des solutions ?

Bien sûr que non ! Veut-on que les deux-tiers des habitants de la planète meurent de faim ? Jamais on n’a disposé de nourritures aussi abondantes, saines et bon marché ! Croit-on que les sympathiques petites productions bio-bobos de proximité représentent l’avenir des subsistances humaines ? C’est une plaisanterie de l’affirmer.

En revanche, éviter de tuer la vie des sols, doser les engrais et les pesticides de synthèse avec intelligence, rechercher la qualité hygiénique, mais aussi organoleptique des aliments, s’intéresser au rapport entre leurs caractéristiques et leur provenance géographique (facteur majeur des succès de la filière viti-vinicole dans le monde et de tous les produits de qualité), voilà des pistes à creuser.

Produire et consommer localement permet-il de nourrir des métropoles ou une capitale comme Paris ?

Le local est sympathique, mais ne peut répondre aux besoins de l’humanité, c’est une évidence ! Et les produits issus de l’agro-industrie sont loin d’être mauvais sur le plan gastronomique.

Tous les grands cuisiniers actuels disent que jamais ils n’ont disposé d’aussi magnifiques matières premières, en particulier des viandes.

On oublie qu’en France, jusque dans les années 1960, les nourritures étaient rares (la viande était un luxe), chères, et souvent de médiocre qualité hygiénique. On se nourrissait, comme dans la plupart des régions du monde, essentiellement à base de céréales et de féculents.

La Convention Citoyenne pour le Climat propose de développer les menus végétariens dans la restauration collective publique, d’atteindre 50% d’exploitations en agroécologie en 2040. Qu’en pensez-vous ?

C’est de la pure idéologie. Heureusement, le principe de réalité s’imposera. Je pense aussi que si les consommateurs font attention à ce qu’ils achètent (rapport qualité-prix, fraîcheur, saisonnalité) et, s’ils cuisinent eux-mêmes selon leurs goûts et les principes de santé, tout ira bien.

Sur l’alimentation végétarienne, que chacun mange comme il l’entend, mais que personne ne fasse de prosélytisme à cet égard. Cette mode est l’une des facettes de l’écologisme : il ne faut pas faire souffrir les animaux et, par conséquent, ne pas les élever pour les tuer et les manger.

Là encore, cela touche à la question des libertés humaines.

Une politique climatique crée-t-elle de la croissance ou de la décroissance ?

Je ne sais pas trop ce qu’est une politique climatique. Si cela consiste à multiplier les éoliennes (absurdité écologique majeure !), à fermer les centrales nucléaires, à interdire aux voitures de rouler, à interdire les engrais et les pesticides, etc., nous retournerons habiter dans les cavernes et à nous éclairer avec des torches.

Problème : si l’on ne peut tuer les ours qui se seront multipliés, alors que mangerons-nous ?

Des jeunes du monde entier ont manifesté contre le réchauffement climatique. Greta Thunberg est l’égérie de cette génération climat. Les responsables politiques et économiques, les dirigeants de grandes écoles saluent leur engagement. Ce phénomène est-il le symptôme de leur impuissance ?

Que la pauvre Greta Thunberg, affligée d’un handicap psychologique sérieux et manipulée par ses parents et un certain nombre de mouvements radicaux, plutôt que de faire la grève de l’école, fasse les meilleures études possibles pour contribuer lorsqu’elle sera grande à imaginer de bonnes solutions viables pour améliorer la vie sur terre !

Je suis atterré qu’elle soit reçue au coeur de notre République, à l’Assemblée nationale, à l’ONU, par le Pape, alors que ses connaissances scientifiques sont si rudimentaires. Elle n’est pas Jeanne d’Arc, bon sang ! Il faut se méfier de l’adage selon lequel la vérité sort de la bouche des enfants. Ils disent aussi beaucoup de bêtises et c’est le rôle des adultes de les en dissuader.

Cet engagement collectif est-il crédible alors que notre société privilégie l’individu au détriment de la collectivité, de l’État, du pays et de la nation ?

Plutôt qu’un engagement collectif, je parlerais d’une manipulation collective.

Ce n’est pas à la gloire des médias qui s’y prêtent, mais pas non plus à celle des dirigeants politiques qui en ont fait leur fonds de commerce, tout comme certains scientifiques et professeurs (du primaire au supérieur).

La pandémie a suscité de multiples réflexions sur l’avenir. Des intellectuels ont affirmé que le monde d’après serait un nouveau monde meilleur et plus juste. Le confinement aurait permis de révéler que nous vivions dans l’erreur. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

C’est toujours le millénarisme avec ses pièges dans lesquels une opinion mal informée et peu cultivée tombe facilement. Demain sera ce que nous voulons qu’il soit. Rien n’est écrit à l’avance. Faisons en sorte, sous la houlette de dirigeants (de l’économie, de la politique) et d’intellectuels éclairés et honnêtes, qu’il soit aussi agréable que possible, sans oublier que la croyance en un paradis sur terre a tué des milliards d’humains depuis le début de l’aventure humaine.

Le réchauffement climatique est-il le catalyseur du pessimisme et des peurs des Français ?

Oui, probablement, entre autres. Les Français sont un peu comme des feuilles mortes qui virevoltent au vent des modes, des idées reçues, des utopies. Il serait bon pour eux de revenir sur terre, de se prendre en charge individuellement et collectivement sans tout attendre d’un État qui consomme 57% de la richesse nationale.

Le travail, le sens des responsabilités, l’audace créatrice, l’empathie pour autrui sont les conditions de lendemains plus optimistes.

Le réchauffement climatique est-il une catastrophe pour la planète ?

Pas nécessairement en tant que tel. Il y en a eu de plus importants dans le passé. Il y a eu aussi des périodes froides (glaciations, Petit âge glaciaire des XVème-XIXème siècles) qui ont été très dures pour l’humanité.

Le réchauffement, quelles qu’en soient les causes, est un défi à l’intelligence.

On peut le contourner via l’irrigation et la régulation thermique : pour cela il faut résoudre la question du coût de l’énergie afin de dessaler l’eau de mer et rafraîchir l’air à bas coût.

Le réchauffement a aussi d’heureuses conséquences sur certaines productions, par exemple le vin. Jamais les vins des vignobles septentrionaux n’ont été aussi bons, tout simplement parce que les raisins mûrissent bien !

Dans les régions du sud, on connaît désormais toutes les techniques agronomiques permettant de faire face à la hausse des températures. Les vins du Languedoc, par exemple, sont devenus excellents et équilibrés !

Une autre bonne conséquence du climat : les régions froides seront moins obligées de chauffer les habitations, ce qui permettra des économies d’énergie.

L’homme est-il menacé ?

Certainement pas par le réchauffement climatique. L’homme est un loup pour l’homme : cela, il ne faut pas l’oublier. Les guerres, les totalitarismes et les dictatures, l’ignorance en général ont tué au cours de l’histoire plus d’humains que les changements climatiques. La transition écologique est-elle la réponse à toutes les difficultés de la planète ? C’est encore une idée reçue qui relève de la pensée magique.

L’écologie refuse-t-elle le progrès ?

Encore une fois l’écologie est une science, donc neutre. En revanche l’écologisme est une pernicieuse idéologie, en particulier, en ce qu’elle voit un progrès dans la décroissance.

La science et les technologies sont mises en accusation par un nombre grandissant de citoyens et d’élus.

Le nucléaire est le symbole de ce mouvement.

Des maires s’engagent contre la mise en place de la cinquième génération de téléphonie mobile. Est-ce inquiétant ?

Espérons que les princes qui nous gouvernent ne tomberont pas dans tous les pièges de la mode et que les techniques de production d’énergie nucléaire, la plus propre, la moins chère et la plus sûre qui soit, progresseront et seront toujours plus performantes.

J’attends que la fusion nucléaire (projet ITER à Cadarache) soit enfin opérationnelle. Hélas, il semble qu’il faille attendre encore un peu.

La justice climatique est en marche. Est-ce une dérive inquiétante ?

Dramatique ! C’est l’un des symptômes de la judiciarisation de notre société. Nous devons conserver notre esprit critique face à ces entorses aux libertés, incompatibles avec la démocratie.

« Le XXIème siècle peut être le nouveau siècle des Lumières par une politique ambitieuse, vertueuse et démocratique ! Cela va exiger de considérer l’enjeu écologique comme un enjeu économique (au sens classique et restrictif du PIB) et veiller à ne laisser aucun citoyen de côté, notamment les plus pauvres » est-il écrit dans la synthèse du rapport final adopté par les membres de la Convention Citoyenne pour le Climat. Entrons-nous dans un siècle des Lumières vertueux ?

L’utilisation dans un tel texte de l’adjectif « vertueuse » me fait un peu peur. L’enfer est pavé de bonnes intentions : on ne réfléchit pas assez à ce beau proverbe.

Partagez-vous ce constat de Claude Lévi-Strauss : « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. Les institutions, les moeurs et les coutumes, que j’aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d’une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être celui de permettre à l’humanité d’y jouer son rôle ».

C’est la vision pessimiste de Lévi-Strauss. Je ne partage en aucune façon cette opinion.

L’humanité peut s’autodétruire, mais je ne crois pas à cette éventualité. Je crois à l’intelligence humaine qui, malgré ses criantes faiblesses, a toujours su faire face. Je fais confiance au bon sens, même s’il est trop souvent battu en brèche. Entreprenons ! Persévérons !

Êtes-vous optimiste pour l’avenir de la planète ? Sur la capacité de l’homme à inventer le futur ?

Résolument optimiste ! Les idéologies les plus pernicieuses et mortifères inventées par les hommes ont toutes échoué au cours de l’histoire. Le nouveau totalitarisme d’apparence douce qui progresse insidieusement sous la couleur verte s’évanouira comme les autres. Le plus tôt sera le mieux.

En revanche, au-delà de ses excès, s’il permet de réfléchir à la gestion la plus efficace et durable possible des ressources de la terre, c’est une bonne chose. Nous disposons de toutes les connaissances techniques nécessaires pour vivre confortablement sur terre à dix milliards et plus, mais à la condition d’une gouvernance éclairée et d’institutions permettant l’épanouissement individuel et l’harmonie collective.

Propos recueillis par Aude de Castet et Yann Le Galès

À propos de :

Jean-Robert Pitte est agrégé de géographie en 1971, il débute sa carrière comme professeur au lycée Chaptal à Paris pendant un an (1971-1972), avant de passer deux ans comme assistant à l’École normale supérieure de Nouakchott (Mauritanie) (1972-1974). Il rejoint l’Université de Paris IV en 1974, en tant qu’assistant puis maître-assistant, puis maître de conférences. Pendant ces mêmes années, il y a obtenu son doctorat de géographie en 1975 et passe, en 1986, un doctorat ès-lettres dans la même université. En 1988, il est nommé professeur de géographie à l’Université de Paris IV, dont il est professeur émérite depuis 2014.

En 1981, il a créé l’Université Inter-Âges de Paris-Sorbonne.

De 1986 à 1988, il a été adjoint au Chef de la Mission scientifique et technique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avant de prendre la direction, de 1988 à 1991, de l’Institut d’urbanisme et d’aménagement, puis de l’UFR de géographie et aménagement de 1991 à 1993. En 1992, il devient président du Comité national français de géographie, poste qu’il quitte en 2000. Entre 1993 et 1995, il est également chef de la Mission de la Carte universitaire et des Affaires régionales au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Il a présidé l’Université de Paris IV de 2003 à 2008 après en avoir été le vice-président de 1997 à 2001. Il a également été le président de Paris-Sorbonne Abu Dhabi de 2006 à 2008.

De 2010 à 2014, il est délégué à l’information et à l’orientation auprès du Premier ministre.

Il a présidé l’Association pour le développement du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges de 2008 à 2013 et est le Président de la Société de Géographie depuis le 1er janvier 2009.

Jean-Robert Pitte a donnés de nombreux enseignements à l’étranger. Il a notamment été, de 2015 à 2018, Distinguished Professor à l’Université de Hokkaido (Graduate School of Global Food Resources). Il est docteur Honoris Causa des universités de Tel Aviv (2004), de Iasi (2004), de Tbilissi (2007) et de York à Toronto (2012). Il est membre de l’Academia Europaea (depuis 2001), de l’Académie des sciences d’outre-mer (depuis 2002), membre non résident de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon (depuis 2008) et membre associé correspondant national de l’Académie Stanislas de Nancy (depuis 2013).

Spécialiste du paysage et de la gastronomie, il est depuis 2006 membre de l’Académie du Vin de France (qu’il a présidée de 2010 à 2016) et membre de l’Académie du Vin de Bordeaux. Il préside la Mission pour le Patrimoine alimentaire français depuis 2008. Il a en outre été président d’honneur de Ferrières, l’École de l’excellence à la française (Gastronomie – hôtellerie – luxe), de 2014 à 2018.

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