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Societal - Jean-Marc Daniel

Les débats les plus virulents qui ont accompagné le vote de la loi PACTE au printemps 2019 ont porté sur les privatisations. Ainsi, la redéfinition du rôle de l’entreprise au travers de la notion de raison d’être a semblé ne pas poser de problème et n’a guère mobilisé les parlementaires. L’air du temps aurait donc fait de cette notion une sorte d’évidence.

L’évolution récente de l’économie de marché s’est de fait accompagnée d’une réflexion de plus en plus large sur l’entreprise, réflexion dépassant les strictes références économiques. Il en est résulté une tendance à multiplier les obligations de ce que l’on appelle les parties prenantes des entreprises, obligations qui, en pratique, concernent surtout le management.

Près de deux ans après ce vote, force est de constater que pour beaucoup d’entreprises, étouffées par les restrictions liées à la réponse par le confinement au développement de la Covid-19, l’enjeu immédiat est moins de répondre à une raison d’être multiforme, se voulant généreuse, que d’assurer leur survie.

Certes, l’évolution économique a, de tous temps, exigé d’elles souplesse et réactivité. L’essence même de l’économie de marché est qu’aucune entreprise n’est éternelle. Elle doit sans cesse se remettre en cause et innover pour affronter la concurrence ; elle doit s’adapter pour répondre aux attentes changeantes de ses clients. Adhérer aux théories de Schumpeter sur la « destruction créatrice », c’est admettre le principe d’un permanent renouvellement du tissu productif. Mais cette dynamique n’a de sens que si la destruction est effectivement accompagnée de création. C’est-à-dire si ce qui est appelé à disparaître est ce qui ne correspond plus ni aux désirs des consommateurs, ni aux mutations technologiques en cours.

En revanche, ajouter des contraintes aux contraintes sur des bases ignorant la rentabilité des entreprises conduit, à long terme, à une perte nette de capacités de production et à un appauvrissement général. Parfois, l’acceptation de cet appauvrissement repose sur une nécessité historique particulièrement violente comme ce qu’a vécu l’économie mondiale avec la propagation de la Covid-19. Mais parfois, la légitimité des contraintes est plus que mince, celles-ci obéissant à des visions idéologiques éloignées de la réalité.

Ceci n’est pas nouveau. Déjà le savetier d’une célèbre fable de La Fontaine se plaignait des obstacles à son travail que l’autorité religieuse lui avait imposés : « Le mal est que dans l’an s’entremêlent des jours Qu’il faut chômer ; on nous ruine en fêtes. L’une fait tort à l’autre ; et monsieur le Curé, De quelque nouveau saint, charge toujours son prône »

Pour le chef d’entreprise d’aujourd’hui, intégrer dans ses décisions une raison d’être allant au-delà de la simple recherche du profit doit être un plus et non pas la notification de l’arrêt de mort de son activité. Cela suppose que les héritiers du curé de La Fontaine ne chargent pas trop leurs prônes…