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Jean-Marc Daniel : Combattre la paresse intellectuelle

Cette adhésion au keynésianisme comme la soumission croissante à une forme radicale de l’écologie traduisent le désarroi et la paresse intellectuelle de notre époque.

L’expansion récente et dramatique de la Covid-19 a abondamment nourri les discours plus ou moins saugrenus sur les rapports entre développement économique et nature. Les appels à l’expiation développés par les tenants d’un écologisme sommaire rappelant le paganisme des temps antiques se sont combinés avec les élans protectionnistes des partisans des relocalisations pour dénoncer le capitalisme et la mondialisation. Quant aux dirigeants politiques, ils se sont raccrochés à un keynésianisme schématique postulant un nécessaire accroissement de la demande. Ils mènent des politiques de relance à l’ancienne telles que celles de 1975 ou de 1981. Bien que ces politiques aient échoué, ils s’abandonnent à la valse folle des milliards et au gonflement spectaculaire de la dette publique.

Cette adhésion au keynésianisme comme la soumission croissante à une forme radicale de l’écologie traduisent le désarroi et la paresse intellectuelle de notre époque. Or, s’il est évident qu’il serait absurde d’ignorer les problèmes environnementaux, il est tout aussi absurde de considérer que ceux-ci justifient un renforcement de l’Etat au travers d’un surcroît de dépenses publiques et de contraintes règlementaires.

En effet, la science économique fournit depuis longtemps les outils qui permettront de préserver la croissance tout en assurant la sauvegarde de l’environnement. En premier lieu, cette sauvegarde doit reposer sur la pression mise sur les entreprises par des consommateurs sensibles à leurs conditions de vie futures. Cette pression ne peut s’exercer pleinement et pratiquement que dans une économie fondée sur la concurrence. Car du fait de cette concurrence, les entreprises se savent menacées de perdre des parts de marché si elles ne répondent pas aux attentes de leurs clients. Et cela joue quand ces attentes portent sur la préservation de la nature.

En second lieu, le consommateur lui-même doit être orienté dans ses choix par cet élément clé de la transmission de l’information économique que constitue le prix. Pour réduire et contenir ce que les économistes appellent des externalités négatives, externalités négatives dont les émissions de gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement climatique sont un exemple manifeste, on sait depuis les travaux d’Arthur Pigou qu’un moyen simple et efficace est d’instaurer une taxe. Concrètement, il convient de fixer pour chaque objet vendu un prix du carbone mobilisé pour sa fabrication et une règle d’évolution de ce prix et d’en majorer d’autant le prix de vente. C’est cette idée que défend avec talent Christian Gollier, économiste reconnu travaillant au sein de la prestigieuse Toulouse School of Economics. Cependant, les réactions violentes incarnées dans le mouvement dit des « Gilets jaunes » ont montré que l’instauration d’une « taxe carbone » et le principe de son augmentation progressive sont loin de faire l’unanimité.

Un effet de pédagogie est donc indispensable auquel ce numéro de Sociétal souhaite contribuer.

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