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(1/5) Christian Gollier : Les conférences sur le climat sont une course de lenteur
LE CLIMAT

(1/5) Christian Gollier : Les conférences sur le climat sont une course de lenteur

3min
#LE CLIMAT Le grand témoin

Le Directeur Général de la Toulouse School of Economics (TSE) était le grand témoin de la conférence sur le climat organisée à l’Institut de France par Sociétal en partenariat avec l’Académie des sciences morales et politiques. Le Président de l’Association Européenne des Économistes de l’Environnement qui a publié Le climat après la fin du mois : plaidoyer pour le prix du carbone, analyse « comment résoudre collectivement le défi climatique » dans un grand entretien que La Quotidienne des #EntreprisesEnAction publie en 5 parties. Christian Gollier explique aujourd'hui pourquoi les conférences sur le climat (COP) échouent à mettre en place des mesures efficaces (1/5). 

Philippe Plassart - Cela fait près de trente ans que la première alarme climatique a été lancée au sommet de Rio en 1992. Depuis, les émissions de CO2 dans l’atmosphère n’ont pas cessé de croître. Quelle est l’explication économique à notre manque de réactivité face au danger du réchauffement de la planète ? 

Christian Gollier - La course de lenteur dans cette guerre mondiale contre le changement climatique est la conséquence immédiate du fait que quand une personne, une entreprise ou un pays fait un effort de réduction des émissions de CO2, il porte 100% du coût de cet effort, et essentiellement 0% du bénéfice climatique, qui est partagé avec le reste de l’humanité dans un temps assez éloigné. Dans ce contexte, il est rationnel pour chacun de ne rien faire, et d’espérer que les autres feront les sacrifices dont tout un chacun bénéficiera. C’est la stratégie du « passager clandestin ». D’une certaine façon, on retrouve le même problème dans la crise du SARS-CoV-2. Mes efforts vous protègent, et vos efforts me protègent. Là aussi, il peut être tentant de ne pas faire beaucoup d’effort de confinement, en attendant que les autres fassent ces efforts à votre place.

À l’équilibre, personne ne fait rien, et le monde se dirige tout droit vers une augmentation de la température comprise entre 3 et 4 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Comme quoi, la somme des rationalités individuelles peut conduire à une irrationalité collective radicale. Les économistes ont depuis longtemps identifié cette défaillance, qui n’est pas spécifique au capitalisme ou à l’économie de marchés. 

Vous avez raison de dire que nous voyons se réaliser sous nos yeux depuis trois décennies cette prédiction des économistes. Les conférences COP sur le climat ne sont qu’une longue séquence illustrative de cette course de lenteur, avec l’échec radical du Protocole du Kyoto, puis la mort annoncée des Accords de Paris, un traité incohérent, sans engagement, sans système de vérification ou de pénalisation des passagers clandestins. L’humanité n’a jamais émis autant de CO2 qu’en 2019 ! Nous savons que nous fonçons dans le mur, et on se trompe de pédale… 

Le modèle capitaliste de développement du chacun pour soi n’est-il pas lui aussi en cause ?   

Beaucoup d’idéologues pensent que pour résoudre le problème du climat, il faudra d’abord détruire le capitalisme. Notons d’abord que l’URSS avait une empreinte carbone plus importante que l’Europe avant son écroulement. Ce qui montre qu’il n’y a pas de lien évident entre capitalisme et environnement. L’égoïsme fait hélas partie de la nature humaine. 

Les constructions révolutionnaires fondées sur l’émergence d’un homme nouveau se sont toujours mal terminées, de Moscou à Phnom Penh en passant par Münster (1535) et Jonestown (1978). 

Toute la difficulté consiste à contourner le problème du passager clandestin au niveau de chacun d’entre nous tout en préservant une des valeurs qui nous est la plus chère, la liberté. 

La décroissance permettra-t-elle de résoudre la crise climatique ?  

Il semble exister une relation mécanique entre niveaux de consommation et d’émissions. Durant la crise des subprimes et de la zone euro, la consommation a fortement baissé en Europe. On a observé en même temps une baisse conséquente des émissions. D’où l’idée que pour réduire massivement les émissions, il suffit de réduire massivement la consommation. 

Naomi Klein par exemple, égérie de la cause environnementale en Amérique du Nord, propose de revenir au niveau de consommation des années 70, c’est-à-dire une division par deux du pouvoir d’achat en moyenne, et bien plus pour les riches. 

Une telle solution permettrait de résoudre l’essentiel du problème climatique, mais pour quelle casse sociale ? Les Gilets Jaunes ne voulaient-ils pas plutôt accroître leur pouvoir d’achat ? La fin du mois doit-elle être sacrifiée sur l’autel de la fin du monde ? 

Ce qui est étrange dans ce débat, c’est l’idée qu’il faille réduire toutes les consommations, même celles qui n’engendrent que peu d’émissions. Nous devrions au contraire réfléchir à une organisation de la société qui implique une décroissance très sélective, celle du carbone.

 

Propos recueillis par Philippe Plassart, Rédacteur en chef du Nouvel Économiste, Vice-président de l’AJEF, membre du conseil éditorial de Sociétal. 

« L’avantage de cette crise, c’est qu’elle n’est pas structurelle », a expliqué Christian Gollier sur Franceinfo. La « clé de la sortie de crise » est la reprise de la production par les entreprises. À lire : ICI